Il fut un temps où il n’y avait plus beau métier que celui de conteur. Les dieux nourrissaient les légendes. On entendait alors l’écho de leur voix flotter dans l’air, poussé jusqu’à nous par le vent Je me prends souvent à rêver à ce temps. Les histoires affluent dans ma mémoire et je les dessine dans mes songes. Mais de toutes ces chimères, j’ai ma préférée et souvent, je me prends à y penser. Un vestige de l’ancien temps. Mais dans mon esprit elle demeure intacte, vestige de ce que fut le Règne des Dieux et si vous me le permettez, j’aimerai vous la raconter.
C’est dans la brume que naît cette histoire, au milieu des montagnes et de l’odeur des sapins. En ces temps, on ne se souciait que des dieux et du cycle éternel. La mort succédait à la vie. C’était ainsi.
Pourtant, une jeune fille refusait cette fatalité. Au chevet de sa mère mourante, elle ne cessait de prier.
— Vous qui avez l’immortalité, vous êtes trop prompts à donner la mort !
Tant de larmes versées et aucune réponse.
Un jour, ses pensées furent tournées vers les souvenirs si précieux qu’elle partageait avec sa mère. Elle se revit enfant, marchant à ses côtés alors qu’elles entendaient des pleurs dans la chaumière voisine.
— Maman, pourquoi pleurent-ils ? demanda-t-elle.
Sa mère se pencha vers elle pour approcher son visage du sien.
— Tu sais, Luna, c’est que le dieu du temps est venu récupérer son bien. Il gère le temps de ce monde, il entre dans les chaumières avant la Mort elle-même. Tu vois, ils pleurent leur défunt père.
— C’est un méchant dieu alors ! Il donne pour reprendre !
— Non Luna, répondit-elle en souriant, le dieu du temps n’est pas méchant. Vois-tu, le temps qu’il reprend, il ne le garde pas pour lui. Ce qu’il prend d’une main, il l’offre de l’autre. Le jour de ta naissance, il est venu dans notre chaumière et il t’a offert du temps, peut-être celui d’une personne venant juste de mourir. S’il ne le partageait pas, je n’aurai pas eu ma petite Luna. Il n’y aurait aucun enfant. Et je n’aurai pas pu vivre dans un monde sans Luna.
— Alors, tu l’as déjà vu ?
— Les dieux sont discrets, ils ne se montrent pas. Mais, quand tu es né, j’ai senti un souffle chaud s’engouffrer en moi, un souffle de vie ma Luna.
Luna eut un sourire innocent puis sa curiosité fut attirée loin de la chaumière en deuil, loin du temps et de la mort. Car ce qui inquiète les adultes ne touchent pas les enfants. Luna ne repensa plus à cette histoire jusqu’au jours où sa mère tomba très malade.
Il lui semblait qu'elle avait été trop douce et que le dieu du temps ne se souciait guère des vies qu’il emportait. Plus elle réfléchissait, plus elle regrettait de n’avoir pas su profiter de sa mère comme elle l’aurait du.
— Non, je ne laisserai pas mourir maman.
Elle enfila sa cape d’un geste déterminé et courut à la cuisine se préparer une besace de provisions. Avant de sortir, elle jeta un dernier regard sur sa mère endormie puis ferma la porte sans un bruit.
Au dehors, ses pieds s’enfonçaient dans la neige. Le silence de la vallée la fit frissonner. Même les montagnes semblaient mourir. Elle emprunta le chemin qui menait à la demeure du sage. L’ancien veillait sur la santé de sa mère mais aucun de ses remèdes ne l’avait guérie. Il lui avait dit que seules les fleurs de lune et le fruit de l’arbre vie pourrait la soigner.
Mais cet espoir avait un goût amer. L’ancien ne pouvait préparer ce remède : les fleurs de lune n’éclosent qu’au doux printemps, lors de la première lune de mai alors que le fruit de vie mûrit sous la chaleur de l’été.
Elle frappa à la hutte de l’ancien. Une voix étouffée se fit entendre puis la porte s’ouvrit. Un homme barbu se pencha par l’ouverture. Ses yeux n’étaient que deux charbons noirs.
— Mais Luna, que fais-tu ici ? Par ce froid.
— L’ancien, vous m’avez bien dit que les fleurs de lunes et le fruit de l’arbre de vie permettraient à ma mère de guérir ?
— Oui Luna, c’est ce que j’ai dit. Je regrette sincèrement mon enfant mais…
— Mais si je vous les apporte, vous pourriez la sauver ? pressa-t-elle.
— Oui.
— Vous me le promettez ?
— Bien sûr mais écoute, tu devrais profiter des derniers instants avec ta maman au lieu de chercher des miracles. Le Dieu du Temps ne sera pas en retard. S’il te plaît, écoute la sagesse et laisse cette folle idée de courir les routes surtout en ce si rude hiver.
— Non ! Je serais plus rapide que lui et je l’empêcherai de prendre le temps de ma mère. Il ne passera pas le seuil de notre porte !
Sans en attendre plus, elle emprunta sur le chemin verglacé qui menait hors de son village.
Luna était convaincue de sa réussite et pas un seul moment, elle ne se retourna.
Elle marcha dans la neige et le blizzard des jours durant. Elle profita de l’hospitalité que les gens lui offraient où se contentait d’un pont pour passer la nuit. Plus elle avançait, plus l’hiver devenait rude. Mais les esprits du printemps et de l’été devaient bien dormir quelque part.
Elle menaçait le ciel en hurlant que jamais elle n’abandonnerait…
Cela peut paraître incroyable, peut-être même dénué de sens mais il faut comprendre que Luna était maline. Elle savait que si elle devait mourir, ce maudit dieu viendrait récupérer son si précieux temps. Alors, il lui resterait assez de force pour le retenir. Oui, elle en était persuadée.
Luna avait de la neige jusqu’aux genoux. Lorsqu’elle chutait, la brise en profitait pour mordre son cou. Elle chassa le gel de ses cils et pleura de douleur sous les gerçures ensanglantées de ses lèvres.
Autour d’elle, une étendue blanche et infinie.
Pas le moindre clocher ne perçait les nuages.
Elle s’effondra, à bout de force. Elle eut l’impression de se jeter sur l’édredon en plume de sa mère. Puis le silence s’abattit.
— Et si maman était déjà morte, je n’aurais même pas pu lui dire à quel point je l’aime. Elle a du avoir si peur en ne me voyant pas revenir. Peut être est-elle morte d’inquiétude ? L’ancien avait raison.
Elle ferma les yeux pour cacher ses larmes.
Elle ne remarqua pas l’ombre au loin, dissimulée par le blizzard, mais elle entendit le claquement d’un tissu et ouvrit un œil.
Un beau jeune homme se tenait devant elle, ses pieds effleuraient la couche de neige. Il était vêtu d’un pantalon sombre et d’un long manteau vert brodé d’or et d’argent. Torse nu, il ne semblait souffrir du froid et s’appuyait sur un bâton torsadé. Mais surtout, il la regardait avec tant de douceur qu'elle en rougit.
Le jeune homme s’agenouilla pour aider Luna à s’asseoir. Avec délicatesse, il balaya la neige des cheveux de la jeune fille et épousseta son manteau. Elle sentit alors son parfum dont les senteurs changeaient à chaque instant. Elle crut reconnaître l’odeur du lilas puis celui de l’herbe enfin vint le jasmin suivit par le safran.
— Eh bien, je ne m’attendais pas à vous croiser par ici. Il fait si froid. Genmus est particulièrement motivé cette année, vous ne trouvez pas ?
Luna hocha la tête, incapable de formuler une phrase.
— J’irais lui dire deux mots quand le temps me le permettra. Il faudrait qu’il songe à laisser place au printemps. Mais dîtes-moi Luna, vous ne devriez pas être dans pareil endroit ?
— Vous connaissez mon nom. Mais, je ne crois pas vous avoir rencontré !
— Mais si.
— Je m’en souviendrai, dit-elle septique.
— Il y a de longues années. Mais, je me souviens de vous plus particulièrement car vous portez le même nom que ma mère.
— Ah bon ?
Le jeune homme sourit.
— Bien sûr, ma mère se nomme Luna. Mais vous l’avez déjà rencontré, dit-il en regardant le ciel. Elle prend la forme d’une perle de lumière et elle disparaît quand revient le jour.
— La lune ? La lune est votre mère ?
Il hocha la tête puis continua d’une voix mélancolique.
— La Lune est mesure de temps. Je suis né de son sourire qui caressait les herbes suintantes de l’aube. Alors, Luna, vous me cherchiez ?
Luna écarquilla ses yeux.
— Mais non. Je ne vous cherchais pas.
— Vous courez après le temps non ?
— Euh… oui.
— Je me sentais poursuivi depuis quelques jours déjà. C’est bien ce que je dis, vous me cherchiez.
— Qui… Qui êtes-vous ?
— Je me nomme Alashan. Je suis le maître du temps.
Luna sursauta. Puis prise de fureur, elle se mit à le marteler le torse nu du dieu en répétant combien elle le détestait. Alashan subit les coups sans sourciller. Il savait. Il avait entendu ses appels. Lorsque la colère de la jeune fille retomba, il l’enveloppa dans son manteau.
— Luna, vous êtes une jeune fille courageuse. Ça me peine de vous savoir aux portes de votre mort alors que le sablier de votre vie est encore plein. Le temps que je vous ai offert est si long et je n’ai pas envie de vous le reprendre.
— Je suis là pour ma mère que je veux sauver. S’il vous plaît, implora-t-elle, vous êtes un dieu…
— En effet mais même les pouvoirs des dieux ont des limites. Je suis le régisseur du Temps mais je ne peux en créer. Et la Mort m’attend au chevet de votre mère. Je ne peux la mettre en retard.
— À quoi servent nos prières si vous êtes incapables de les réaliser ! N’y a-t-il donc aucun moyen de sauver ma mère ?
Alashan fût emplit de compassion.
— Il y en a un Luna mais l’accepteriez-vous ? Les conditions sont si douloureuses…
— Dites-moi ! Je vous en prie.
— Je ne peux soigner votre mère mais je peux manipuler les rouages du temps pour vous aider à réunir le remède nécessaire à son rétablissement. Mais, cette magie a un prix.
— Lequel est-il ?
— Je devrais puiser dans votre vie le temps nécessaire à mon intervention. Je vous l’ai dit. Je ne peux créer du temps. Vous perdrez ainsi un printemps et un été.
— J’accepte ! s’empressa de dire Luna.
— Ce n’est pas tout, coupa-t-il, le visage peiné. Le temps que gagnera votre mère sera déduit du vôtre. Luna, êtes-vous sûr de vouloir jouer votre vie ?
— Oui, sans aucun doute.
Le dieu se laissa convaincre par la détermination de la jeune femme et tout en la gardant sous son manteau, il frappa le sol de son bâton. Aussitôt, la neige se mit à fondre. La lune se leva dans le ciel et des fleurs poussèrent à leurs pieds.
Luna les reconnut. Des fleurs de lune. Leurs pétales avaient une blancheur sans pareille.
— Cueillez, dit Alashan.
La jeune fille en fit un petit bouquet qu’elle sera contre son cœur. Le dieu l’invita à revenir sous son bras et il frappa le sol une seconde fois.
L’air devint lourd. Luna avait chaud sous son manteau. Des racines poussèrent au bâton d’Alashan qui se mit ensuite à grandir jusqu’à devenir un splendide arbre. Des feuilles vertes ornèrent les nombreuses ramures puis des fruits rouges mûrirent sous les yeux ébahis de Luna.
— L’arbre vie, dit-elle le souffle coupé.
— Cueillez. Faîtes vite, votre temps s’amenuise.
Elle grimpa dans l’arbre et choisit le plus beau fruit à sa portée. Le dieu attendit qu’elle descende pour toucher l’écorce et le végétal redevint bâton. L’hiver regagna la région et le froid fit tressaillir Luna.
— Maintenant, il vous faut retourner au chevet de votre mère car j’ai rendez vous avec elle. Vous devrez presser le pas car je ne serais pas en retard.
— Quand doit-elle mourir ?
— C’est une chose que je ne peux vous dire. Mais, vous devez faire vite.
Luna s’inclina tout en le remerciant, émue par sa bonté.
— Je me suis trompée.
— Ce n’est rien. Mais avant de partir…
Il l’attrapa par le bras avec douceur pour souffler sur le bouquet et le fruit.
— Les fleurs ne faneront pas et le fruit restera beau.
Il prit Luna sur ses genoux et la déchaussa avec délicatesse. Enfin, il vint embrasser ses pieds et les plaies se refermèrent aussitôt. Luna ne put s’empêcher de rougir.
— Le froid ne vous gênera plus.
— Mer… merci, balbutia-t-elle. C’est plus que je n’avais osé espérer.
Après un sourire, Alashan la releva pour lui montrer le ciel. Le dieu se mit alors à siffler et bientôt, un rugissement se fit entendre. Luna vit une flèche percer les nuages laissant une traîné cotonneuse dans la voûte céleste. Puis, un tigre blanc vint se poser devant eux.
Luna se réfugia derrière le dieu alors qu’il flattait le fauve aux ailes blanches. Alashan se retourna vers elle et lui tendit la main pour qu’elle ose s’approcher de l’animal. Elle fut rassurée par le sourire du dieu et le laissa la hisser sur le dos du félin.
— Voici Nayru, le tigre des nuages. Il vous emmènera jusqu’à chez vous. Il est l’heure de rattraper le temps que vous avez perdu.
Sentant la séparation, Luna agrippa le poignet d’Alashan.
— Je ne sais comment vous remercier.
— Ne vous inquiétez pas, dit-il en riant, je vais y réfléchir en chemin.
À ces mots, Nayru déploya ses ailes et s’envola. Luna eut à peine le temps d’apercevoir la silhouette d’Alashan perdue dans le brouillard que, déjà, elle était au dessus des nuages.
Ce qui lui avait prit une semaine de marche ne fut qu’un court instant sur le dos de Nayru.
Le fauve la déposa aux abords de son village et repartit sans attendre pour retrouver son maître. Alors, la magie s’estompa.
Sa mère l’attendait. Et si le dieu était arrivé avant elle ?
Elle ne devait pas traîner. Luna courut le long du chemin, passa la barrière du jardin et ouvrit la porte avec fracas.
— Maman ?
L’ancien était au chevet de sa mère.
— Luna, tu es enfin revenu !
— Et maman, comment va-t-elle ?
— De plus en plus mal, avoua le vieillard.
— Ça ira mieux. Regardez !
Elle étala les fleurs et posa le fruit sur la table, devant les yeux étonnés de l’ancien.
— C’est un miracle ! Que les dieux soient à louer !
— Qu’Alashan soit à louer, corrigea-t-elle.
— Ah ! Je croyais que…
— Bah ! Au lieu de parler, nous devrions préparer le remède non ?
— Oui, oui. Tu as raison, je m’en charge.
L’ancien prépara une infusion qu’il fit boire à la malade. Luna, à ses côtés, ne cessait de répéter à sa mère combien elle l’aimait. Peu après, le vent s’engouffra par la porte entrouverte de la chaumière et la jeune fille jeta un coup d’œil au dehors.
Alashan se tenait devant sa chaumière, son manteau vert sur les épaules. Il lui souriait.
L’ancien souleva un sourcil puis demanda d’une voix amusée:
— Hum… tu as de la visite ? Qui est-ce ?
— C’est…
Le dieu posa l’index sur ses lèvres pour lui demander de garder le secret.
— Ce n’est rien. Un voyageur égaré… je reviens.
— C’est ça oui, marmonna le vieux, un voyageur. Ferme bien la porte derrière toi.
— Oui.
Luna referma le loquet et s’avança vers Alashan d’un pas hésitant.
— Je suis heureux de vous voir souriante.
— Je vous le dois.
— Et pourquoi donc ?
— Sans vous, je n’aurai jamais pu trouver le remède.
— Peut-être bien. Mais une chose est sûre, je ne vous ai rien offert. Mais comme vous teniez à me remercier, continua Alasha avec un air taquin, j’ai beaucoup réfléchis et je crois avoir trouvé une idée.
— Déjà ?
— Oui. Accepteriez-vous un présent ?
— Vous voulez m’offrir un cadeau alors que vous avez tant fait pour moi ?
— Cette fois, ce sera différent. Ce cadeau ne naîtra pas de votre temps mais du mien.
Il frappa une fois le sol de son bâton. Aussitôt, les folioles s’empourprèrent et l’automne vint les saluer. Une feuille vint tomber à ses pieds. Il la ramassa et l’offrit à Luna.
— Posez la près de vous lorsque la Mort viendra à votre chevet. Ainsi, je vous reconnaîtrai malgré les années et alors, je pourrais vous offrir mon cadeau.
Le dieu s’inclina. Luna ne sut trouver les mots et se contenta d’une révérence maladroite. Alashan en rit un cours instant puis les feuilles tourbillonnèrent avec plus de force. La silhouette du dieu s’estompa. Luna le regarda disparaître, les larmes aux yeux.
— Adieu, murmura-t-elle.
À cet instant, elle crut qu’il lui avait offert un bout d’éternité.
Ce qui se passa ensuite ?
Eh bien, la mère de Luna retrouva la santé et toutes deux profitèrent de chaque nouveau jour. Cependant, la mort sonna une seconde fois et Luna, devenue femme à son tour, l’accepta. Elle ne revit pas le dieu mais elle sentit un souffle léger parcourir la chambre. Et la vie de sa mère s’envola avec lui.
Vous ne semblez pas convaincu par cette fin. Aurais-je oublier quelque chose ? Le cadeau ? Ah oui, c’est vrai, la fameuse promesse d’Alashan.
Pour le dieu, les années s’écoulèrent sans qu’il n’y prête attention. Le temps ne saurait attendre et Alashan continuait à le partager de chaumière en chaumière. Son rôle depuis la naissance du monde et jusqu’à sa mort.
Un jour, il s’arrêta devant l’huis d’une maisonnette. Un tapis de feuilles mortes en décorait l’entrée. Le dieu poussa la porte et entra.
Dans le salon, un homme pleurait, soutenu par ses deux fils. Ils ne le remarquèrent pas, ils ne le pouvaient pas. Le dieu gravit les marches du petit escalier et sans hésiter, entra dans la bonne chambre.
La Mort était déjà assise sur le lit. Elle rassurait la mourante en lui caressant les cheveux.
— Alashan, dit-elle, il est l’heure qu’elle trouve le repos. Reprenez son temps et laisse-moi la soulager.
Le dieu s’approcha. Surpris, il écarta les doigts de la femme et y vit une feuille rouge. Il la fit tourner entre ses doigts, un sourire aux lèvres.
— Ma vieille amie, dit-il, vous êtes venue pour rien.
— Comment ça ? Je ne fais jamais d’erreur. Qu’est-ce que vous insinuez ?
— Il n’y a aucune méprise. Il est bien l’heure.
Il prit la femme dans ses bras et souffla sur son visage.
— Alashan ! s’écria la Mort. Mais que fais-tu ?
Aussitôt, la femme retrouva les traits de sa jeunesse, ses cheveux grisonnants redevinrent couleur ébène.
— Cette âme n’est pas à prendre la Mort car il s’agit de mon épouse.
— Voici donc votre nouvelle lubie ! Sa vie s’est écoulée jusqu’à sa dernière seconde.
— Non car je lui offre la moitié de mon temps. Qu’elle le vive à mes côtés. Une moitié d’éternité ne saurait connaître de fin. N’est-ce pas, Luna ?
Et la femme ouvrit les yeux.
J’aimerai pouvoir vous raconter leur bonheur mais ce temps leur appartient et ils n’ont pas voulus me le partager. Il y a des instants de vie qui doivent rester intimes. Cependant, je ne pourrais jamais oublier leur regard lorsque je les ai surpris un jour, marchant main dans la main.
N’est-ce pas le privilège accordé à ceux qui, comme moi, enchantent le quotidien de magie et de légendes ? Croiser des dieux au détour d’un petit chemin de montagne.
J’aimerai vous raconter leur bonheur mais ce temps là leur appartient. Cependant, je ne pourrais jamais oublier la douceur de leur regard lorsque je les ai surpris un jour, main dans la main. N’est-ce pas le plus merveilleux privilège accordé aux conteurs ? Croiser des dieux au détour d’un chemin.
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